
Dans la pose du carrelage, certains gestes techniques font toute la différence entre un revêtement durable et un sol qui sonne creux au bout de quelques mois. Le double encollage en fait partie. Souvent recommandé, parfois obligatoire, il consiste à appliquer de la colle à la fois sur le support et au dos du carreau. Mais à quoi sert-il vraiment, dans quels cas l’utiliser et comment le réaliser correctement ?
Le double encollage désigne une méthode de pose qui consiste à répartir le mortier-colle sur deux surfaces : le support, par exemple une chape, une dalle ou un ancien carrelage préparé, puis l’envers du carreau. À l’inverse, le simple encollage ne prévoit l’application de colle que sur le support.
L’objectif est simple : obtenir un meilleur contact entre le carreau et la colle. Cette technique limite les zones vides sous le revêtement et améliore l’adhérence. Elle est particulièrement utile lorsque les carreaux sont grands, lourds, épais ou destinés à une zone très sollicitée.
Concrètement, le carreleur étale la colle au sol avec une spatule crantée, puis applique une fine couche de colle au dos du carreau avant de le poser. Cette seconde couche ne sert pas à ajouter beaucoup d’épaisseur, mais à favoriser un contact complet avec les sillons de colle déjà présents sur le support.
Le carrelage est un matériau rigide. S’il repose sur une surface mal couverte par la colle, il peut se fragiliser avec le temps. Des vides sous les carreaux peuvent provoquer des bruits creux, des fissures, des décollages ou des ruptures, notamment en cas de choc ponctuel.
Le double encollage permet de renforcer la liaison entre le support et le carreau. Il améliore le transfert de colle, réduit les poches d’air et sécurise la pose. C’est un point essentiel pour les carreaux de grand format, car leur surface importante rend plus difficile une couverture uniforme avec un simple encollage.
Cette technique contribue aussi à mieux répartir les contraintes. Dans une pièce de vie, une cuisine, une terrasse ou un local fréquenté, le sol subit des passages répétés, des charges et parfois des variations de température. Un collage plus homogène aide le carrelage à mieux résister dans le temps.
Le recours au double encollage dépend de plusieurs critères : le format du carreau, le type de support, l’usage de la pièce, l’exposition à l’humidité ou encore les prescriptions du fabricant de colle. Il ne s’agit donc pas d’un réflexe décoratif, mais d’un choix technique.
La méthode est également courante lors de la pose des carreaux de grand format, où la maîtrise de la colle et de la planéité devient déterminante pour obtenir un résultat régulier.
Dans certains cas, le double encollage n’est pas une option. Les règles professionnelles, les notices des fabricants et les documents techniques peuvent l’imposer selon le format du carreau, la destination de l’ouvrage et la nature de la colle utilisée.
Pour simplifier, plus le carreau est grand, plus le risque d’un collage incomplet augmente. Les formats actuels, comme 60 x 60 cm, 80 x 80 cm ou 120 x 60 cm, nécessitent une pose plus rigoureuse que les petits carreaux traditionnels. La colle doit couvrir une part très importante de l’envers du carreau, en particulier au sol et en extérieur.
Les fabricants indiquent souvent le mode d’application adapté sur les sacs de mortier-colle. Ces indications sont importantes, car toutes les colles ne possèdent pas les mêmes performances. Une colle déformable, par exemple, peut être exigée sur certains supports ou avec certains formats.
En rénovation, la prudence est encore plus nécessaire. Un ancien carrelage, une chape irrégulière ou un support légèrement absorbant peuvent modifier le comportement du collage. Le support doit être stable, propre, sec, cohésif et suffisamment plan avant toute mise en œuvre.
Un bon double encollage repose d’abord sur une préparation sérieuse. Le support doit être dépoussiéré, dégraissé et débarrassé de toute partie friable. Si nécessaire, un primaire d’accrochage, un ragréage ou une correction de planéité peut être réalisé avant la pose.
La colle est ensuite appliquée sur le support avec une spatule crantée adaptée au format du carreau. Les dents de la spatule forment des sillons réguliers qui facilitent l’écrasement de la colle. Le sens des sillons a son importance : ils doivent être orientés de manière à permettre à l’air de s’évacuer lorsque le carreau est pressé.
Au dos du carreau, on applique une couche plus fine, souvent tirée avec le côté lisse de la spatule. Cette étape permet de remplir les aspérités et d’améliorer le contact avec le mortier-colle déjà présent au sol. Il ne faut pas créer une surépaisseur excessive, car cela compliquerait le réglage du niveau.
Le carreau est posé dans la colle fraîche, puis légèrement déplacé ou battu avec un maillet adapté pour écraser les sillons. Ce geste favorise l’absence de vides et améliore la stabilité. Des croisillons ou systèmes de nivellement peuvent être utilisés, mais ils ne remplacent jamais un collage correct.
Le double encollage entraîne logiquement des consommations de colle plus élevées qu’un simple encollage. La quantité exacte dépend du format des carreaux, du relief de leur envers, de la planéité du support et de la taille des dents de la spatule.
À titre indicatif, un carrelage de grand format nécessite souvent une consommation plus importante, car les sillons doivent être suffisamment généreux pour assurer le transfert de colle. Les indications du fabricant restent la meilleure référence, car elles tiennent compte du type de mortier-colle et de l’usage prévu.
Il est déconseillé d’économiser la colle au détriment de la qualité. Une couche trop mince, mal répartie ou déjà sèche au moment de la pose réduit fortement l’adhérence. Il faut également respecter le temps ouvert, c’est-à-dire la durée pendant laquelle la colle reste efficace après application sur le support.
Lorsque la colle commence à former une peau en surface, le carreau n’adhère plus correctement. Dans ce cas, il vaut mieux gratter et renouveler la colle plutôt que de poursuivre la pose. Ce détail, souvent sous-estimé, peut conditionner la durabilité de l’ensemble du revêtement.
La première erreur consiste à croire que le double encollage compense un mauvais support. Ce n’est pas le cas. Une surface irrégulière, instable ou poussiéreuse compromettra la pose, même avec davantage de colle. La planéité doit être contrôlée avant le démarrage du chantier.
Autre erreur courante : appliquer de la colle au dos du carreau sans respecter la bonne méthode. Le double encollage ne consiste pas à déposer quelques plots de colle, mais à répartir une couche continue. Les plots créent des vides, favorisent les ruptures et ne permettent pas une bonne répartition des charges.
Il faut aussi éviter de poser les carreaux sans vérifier régulièrement le transfert de colle. Un carreleur peut soulever ponctuellement un carreau fraîchement posé pour contrôler la couverture. Cette vérification simple permet de corriger immédiatement la taille des dents, la quantité de colle ou la pression exercée.
Enfin, le réglage des joints ne doit pas être négligé. Leur largeur participe à l’équilibre esthétique, mais aussi au comportement du revêtement. Dans une pose soignée, le choix de l’épaisseur des joints dépend notamment du format, du type de carreau et des tolérances dimensionnelles.
Avec les grands carreaux, le double encollage joue un rôle central, mais il ne suffit pas à lui seul à garantir un rendu parfait. Le risque principal reste le désaffleurement, c’est-à-dire une différence de niveau entre deux carreaux voisins. Ce défaut se voit davantage avec les formats larges et les surfaces très planes visuellement.
Pour le limiter, il faut travailler sur un support régulier, utiliser une colle adaptée et contrôler la pose au fur et à mesure. Les systèmes de nivellement peuvent aider, mais ils ne corrigent pas une chape déformée ou un manque de colle sous une partie du carreau.
Le sens d’encollage est également important. Des sillons parallèles, bien écrasés, facilitent l’évacuation de l’air. À l’inverse, des mouvements circulaires ou des sillons croisés peuvent emprisonner des poches d’air sous le carreau. Ce point technique explique pourquoi une pose apparemment simple demande en réalité une vraie méthode.
Le double encollage est une technique de pose destinée à améliorer la qualité du collage entre le support et le carrelage. Il consiste à appliquer le mortier-colle sur le support et au dos du carreau, afin d’obtenir un contact plus complet et plus fiable.
Il est particulièrement recommandé pour les grands formats, les poses extérieures, les carreaux lourds ou les zones soumises à de fortes contraintes. Dans certains cas, il est même exigé par les règles de pose ou les préconisations des fabricants. Son intérêt principal est de réduire les vides sous les carreaux et d’assurer une pose durable.
Pour être efficace, cette méthode doit s’accompagner d’un support bien préparé, d’une colle adaptée, d’un respect du temps ouvert et d’une application régulière. Le double encollage n’est donc pas un simple supplément de colle, mais un geste technique qui participe directement à la solidité, à la stabilité et à la longévité du carrelage.